• LE JET d'EAU

    Le jet d'eau

    Tes beaux yeux sont las, pauvre amante !
    Reste longtemps, sans les rouvrir,
    Dans cette pose nonchalante
    Où t'a surprise le plaisir.
    Dans la cour le jet d'eau qui jase
    Et ne se tait ni nuit ni jour,
    Entretient doucement l'extase
    Où ce soir m'a plongé l'amour.

    La gerbe épanouie
    En mille fleurs,
    Où Phoebé réjouie
    Met ses couleurs,
    Tombe comme une pluie
    De larges pleurs.

    Ainsi ton âme qu'incendie
    L'éclair brûlant des voluptés
    S'élance, rapide et hardie,
    Vers les vastes cieux enchantés.
    Puis, elle s'épanche, mourante,
    En un flot de triste langueur,
    Qui par une invisible pente
    Descend jusqu'au fond de mon coeur.

    La gerbe épanouie
    En mille fleurs,
    Où Phoebé réjouie
    Met ses couleurs,
    Tombe comme une pluie
    De larges pleurs.

    Ô toi, que la nuit rend si belle,
    Qu'il m'est doux, penché vers tes seins,
    D'écouter la plainte éternelle
    Qui sanglote dans les bassins !
    Lune, eau sonore, nuit bénie,
    Arbres qui frissonnez autour,
    Votre pure mélancolie
    Est le miroir de mon amour.

    La gerbe épanouie
    En mille fleurs,
    Où Phoebé réjouie
    Met ses couleurs,
    Tombe comme une pluie
    De larges pleurs.

    Charles Baudelaire 1821- 1967(Les Fleurs du Mal)

    Transcrit par Amandin le Troubadour pour Yzelle****

    illustration d'Infini-Gifs


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